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  • Les gens du livre

    par Dr.Zeinab Abdelaziz
    Professeur de civilisation Franaise

     
    La formule spcifiant "les gens du livre", d'aprs le Qur'n, dsigne ceux qui les messages divins ont t rvls, savoir : les juifs et les chrtiens, adeptes des deux religions monothistes prislamiques, cependant, jamais nonc n'a t aussi dtourn de son vrai sens la plus part du temps. Que ce soient les orientalistes, les missionnaires ou toute la ligne qui a servilement suivi leurs pas, ils s'ingnirent tous ne souligner que le ct qu'ils voulurent prsenter comme tant "conflictuel" de l'Islam, en dplaant le Verset du contexte original, ou tout simplement en ne le signalant point.

    Sans nul doute, le Qur'n renferme des Versets qui prnent la tolrance envers les gens du livres, comme ligne de base ou ligne de conduite, pour les relations humaines, dans le cours de la vie quotidienne des musulmans, ne citer que les Versets suivants:

    "Et ne discutez avec les gens du Livre que de la faon la meilleure, sauf ceux d'entre eux qui furent injustes. Et dites : <Nous croyons en ce qui nous a t Rvl, et en ce qui vous a t Rvl, et notre Dieu et votre Dieu est Un, et nous nous remettons Lui>" (al-'ankabut, 46) ;

    "Appelle la Cause de ton Seigneur par la sagesse et la bienveillante exhortation, et discute avec eux de la faon la meilleure. Certes, ton Seigneur Est Plus-Scient de celui qui se fourvoie de Sa Voie, et Il Est Plus-Scient de ceux qui sont guids" (an Nahl, 125)

    De mme, le Qur'n contient des Versets, qui sont insparablement lis leur contexte, et par l mme on ne saurait leur imputer la dsignation de "Versets qui prnent des relations conflictuelles", puisqu'en ralit ce sont des orientations, des modles de comportement et de guidance, que chaque musulman a l'obligation de suivre, selon le cas mentionn, qui est la raison d'tre du Verset. Ce n'est qu'aprs dix ans de tentatives pacifiques l'gard des paens et des gens du livre que commena la Rvlation de Versets qui permettent aux musulmans de ragir, de donner la rplique contre tout ce qu'ils subissaient de la part des juifs et des chrtiens. A souligner, que mme cette permission de combattre, de ragir contre les actes des agresseurs, des mcrants, cette permission est limite par la juste mesure, tel qu'on peut le voir par ces Versets :

    "Combattez, pour la cause d'Allah, ceux qui vous combattent et n'agressez point, car Allah n'Aime point les agresseurs. / Et tuez-les o vous les saisirez, expulsez-les de l o ils vous ont expulss : la sdition est pire que le meurtre. Ne les combattez pas auprs de la Mosque Sacre moins qu'ils ne vous y combattent. Si alors ils vous combattent, tuez-les. Telle est la punition des mcrants. / S'ils s'arrtent, alors Allah Est Absoluteur, Misricordieux. / Et combattez-les jusqu' ce qu'il n'y ait plus de sdition et que la Religion soir pour Allah. Si jamais ils s'arrtent : pas d'agression, sauf contre les injustes" (al Baqara, 190-193).

    Cependant, demeurent la grande contrevrit ou cette grande falsification, de la part de l'Eglise, de l'Institution vaticane, de ces gens du livre, disant que le Qur'n accuse le texte biblique d'avoir t manipul! Sans tomber dans le pige d'une dfense qui mnerait vers un labyrinthe inextricable de documents, nous prendrons comme exemple le rcit d'Adam, pour mettre en relief le rendu de ces textes monothistes.

    Nombre de rcits historiques du Qur'n se trouvent dj cits dans les Livres prcdents, puisqu'il s'agit du mme message divin : l'unicit d'Allah, mais la narration diffre foncirement. Pour le Qur'n, le rcit sert d'abord mettre en relief la leon retenir, la leon profitable aux croyants. Puis, en second lieu, il sert mettre en relief la Rvlation ; montrer que la Religion est une : se remettre Allah en toute confiance ; que la Religion est foncirement monothiste, Allah n'a ni progniture ni compagnons ; que les Prophtes adoptent le mme moyen dans leur appel ; qu'Allah Soutient ses prophtes et Dcrte la perte des dngateurs. Comme consquence directe de ces donnes narratives, le rcit qur'nique peut se rpter dans plus d'une Surah, sous des formes varies, non en entier, mais quelques squelles qui mettent toujours l'accent sur l'enseignement qui en ressort, l'enseignement retenir.

    Dans le Rcit d'Adam, qui se trouve signal dans huit Suwar, il se termine chaque fois par sa sortie du Paradis et sa descente sur la terre. Ce qui met en relief la leon retenir, le prix pay pour la dsobissance. Le Texte nous rvle que c'tait un tre humain comme le reste des mortels, bien que diffremment cr. Allah le Cra de Terre glaise, d'argile, dans l'image la plus harmonieuse, et lui donna la connaissance de tous les noms. Avantag par l'aptitude du savoir, alors que les anges, ne sachant que prier et n'tant pas renseigns, n'arrivaient pas dnommer les choses par leur nom, reurent l'ordre de s'incliner devant Adam. Ils s'y appliqurent sauf Iblis. L il est ncessaire de souligner l'importance du savoir, en Islam, qui place l'tre humain un niveau plus lev que celui des anges dans ce domaine.

    La faute d'Adam, que le Qur'n prsente comme une stricte "dsobissance", est d'avoir got l'arbre dfendu, qui le rendrait, lui et sa conjointe, comme des anges ou de parmi les ternels. Ils se repentirent tous deux, Allah Agra leur repentir, et par la suite, les musulmans n'ont pas porter le poids d'un pch hrditaire. Dailleurs aucun homme nest appel porter le pch ou la faute dun autre :

    Chaque personne nacquiert qu ses dpens, et nulle personne ne portera la faute dune autre. Ensuite, cest vers votre Seigneur que sera votre retour, et Il vous Informera alors de ce sur quoi vous divergiez . ( Al Anm 164)

    Et nul ne portera la faute dun autre. Et si qui que ce soit de surcharg, appelle pour son fardeau, rien nen sera dcharg, mme sil sadressait un proche parent. (Ftir 18)


    Dans le judasme, le rcit d'Adam est conu de sorte ce que le pch passe de pre en fils, qui devait se ranonner : "C'est moi le Seigneur, ton Dieu, un Dieu jaloux poursuivant la faute des pres chez les fils sur trois et quatre gnrations s'ils me hassent" (Deutronome V : 9).

    Ensuite, une autre version abroge cette succession de la faute de pre en fils, et la limite strictement au fauteur : "Celui qui pche, c'est lui qui mourra : le fils ne portera pas la faute du pre ni le pre la faute du fils ; la justice du juste sera sur lui et la mchancet du mchant sera sur lui" (Ezchiel XVII : 20).

    Ce qui rvle un changement catgorique de la Loi qui, du point de vue de la logique, ne va pas de paire avec un langage qui se veut divin, qui se veut un et invariable, pour ne pas parler de contradictions ou de manipulations, passant en silence la ralit de ce dieu jaloux, vindicatif et rancunier !

    Bien que le christianisme se prsente comme hritier de l'Ancien Testament, puisque Jsus annonce nettement : "N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophtes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir" (Matt. 5 : 17) l'Eglise, changea cette parole, contourna celle de l'Ancien Testament, et abrgea le pch en Jsus qui, par sa mort, disent-ils, libre ses adeptes. Est-il lieu de dire ici, de concert avec nombre d'exgtes, que c'est la raison pour laquelle le christianisme inventa la crucifixion pour se librer du pch originel ?! On ne peut que regarder de plus prs pour voir que :

    Le pch originel est une doctrine de la thologie chrtienne, dont la notion fut cre par Augustin d'Hippone au IVe sicle. Donc elle n'a rien de "Rvl", Jsus n'en a aucune ide. Elle a t approuve par le Concile de Carthage en 418, par le Pape Zosime. Ensuite elle a t confine par l'Eglise catholique par un dcret conciliaire, promulgu au Concile de Trente, en 1546. Un coup d'il sur les deux dates, du dbut du cinquime jusqu'au seizime sicle, rvle l'tendue des dbats qui eurent lieu pour imposer cette doctrine, selon laquelle tout tre humain se trouve en tat de pch, du seul fait qu'il relve de la descendance d'Adam !

    A noter aussi qu'il n'y a aucune notion du pch originel dans le texte de la Gense. Le concept et la formation reviennent saint Augustin qui, lisant l'ptre aux Romains V.12 de l'Aptre Paul, l'explicite dans sa lutte contre Plage et dit que le pch se transmet tous les hommes par engendrement, comme souillure hrditaire. Bien que cette interprtation soit contraire la lettre du texte, il l'assimile au "pch de chair", attache la faute la sexualit, alors que l'Ancien Testament ne retient comme faute que le fait de se dtourner de Yahv. Inutile d'ajouter ou de se demander comment saint Augustin peut parler de pch alors que saint Paul parlait de la foi, de la Loi comme frontire dynamique : "ou plutt prouver le rconfort parmi vous de notre foi commune vous et moi" ?. Durant tout le chapitre il n'est nullement question ni de pch originel, ni de pch de chair, bien plus aucun texte n'impose ce pch inexistant, tous les hommes, que le dcret du Concile de Trente, le 17 juin 1546, travers six clauses se terminant chacune par le fameux : "qu'il soit anathme" quiconque refuse d'y croire !

    Est-il lieu d'ajouter que les contemporains, de nos jours, lisent la Gense et s'tonnent de voir comment saint Augustin a pu comprendre ce texte et imposer l'ide d'un pch de chair, faire le lien avec ce que Paul ne dit point ? Puis ils finissent par voir que tout cet amalgame et toute cette confusion remontent une faute de traduction, du mot "malus" qui, en latin dsigne et le mal et la pomme, commise par saint Jrme, lorsqu'il entreprit de voir la cinquantaine d'vangiles qui circulaient l'poque, pour en faire les quatre qui reprsentent le Nouveau Testament actuel, aprs avoir chang, remani et rectifi les textes, comme il le dit dans la lettre qu'il adresse au Pape Damase, qui lui avait demand d'accomplir cette tche !

    Il est intressant de noter que malgr les dcrets du Concile de Trente, les dbats continuent critiquant ce dogme qui ne cesse d'branler les arcanes de l'Eglise. En 2007, Le pre Vito Mancuso, qui enseigne la facult de thologie de l'universit de saint Raphal Milano italien, crit un ouvrage sur le pch originel, le dogme de la Rdemption, et la Rsurrection de Jsus, dans lequel il entreprend en dtail la formation de ces dogmes travers les Conciles, pour aboutir au fait que l'tre humain peut se sauver par ses propres actes, par sa raison, et n'a nullement besoin de textes forgs ou manipuls. Le livre a ralis une vente de quatre-vingt mille exemplaires, - ce qui est norme pour un livre de thologie, et aurait srement connu une plus grande expansion si les bras de l'Institution vaticane ne s'taient tendus pour l'arrter.
    L on ne peut que se demander : quelle est la victoire que la dite Institution accorde ou impose Jsus bravant la mort ? Depuis la fameuse crucifixion, tous les tres humains, toutes les religions confondues, naissent et meurent, sans qu'un seul tre ait pu y chapper ! La mort continue faucher sans arrt : que veut donc dire ce dogme difi sur un amas de mensonges accumuls et de falsifications ?

    Avant de terminer ce point il serait intressant de revenir la Gense pour suivre le rcit d'Adam et montrer que "Dieu cra l'homme son image, l'image de Dieu il le cra, homme et femme il les cra. Dieu les bnit et leur dit : "soyez fconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la" (1 : 27,28). Donc, dans ce premier chapitre il n'est fait aucune mention de pch originel, bien plus Dieu cra l'homme et la femme son image et leur demanda d'tre fconds et remplir la terre par leur progniture.

    Au chapitre suivant on trouve que Dieu s'appelle : Yahv Dieu, sans comprendre la ncessit de cet aditif, et qu'il "modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un tre vivant" (2 : 7). Quelques versets plus loin " Yahv Dieu prit l'homme et l'tablit dans le jardin d'Eden pour le cultiver et le garder. Et Yahv Dieu fit l'homme ce commandement : "Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car le jour o tu mangeras, tu deviendras passible de mort" (2 : 15-17). A noter ici une contradiction, et que la mise en garde concerne Adam seul, car Eve n'est pas encore cre selon ce second chapitre, tandis qu'au premier elle est cre en mme temps que lui et il leur est recommand d'tre fconds et d'emplir la terre !

    Quelques versets plus loin et dans le mme chapitre on lit : "Alors Yahv Dieu fit tomber une torpeur sur l'homme, qui s'endormit. Il prit une de ses ctes et referma la chair sa place. Puis, de la cte qu'il avait tire de l'homme, Yahv Dieu faonna une femme et l'amena l'homme. Alors celui-ci s'cria : Pour le coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appele femme, car elle fut tire de l'homme, celle-ci ! C'est pourquoi l'homme quitte son pre et sa mre et s'attache sa femme et ils deviendront une chair" (2 : 21-24).

    L on ne peut que s'tonner comment Adam qui dormit sous une torpeur assommante, sans rien sentir, sans sursauter de la douleur de se voir arracher une cte, puis, malgr le fait d'tre le premier homme de la cration, cr de glaise, donc n'ayant ni pre ni mre, se mettre dclarer sans aucune justification cette exclamation philosophico-thtrale et sans lien avec ce qui la prcde : "C'est pourquoi l'homme quitte son pre et sa mre et s'attache sa femme et ils deviendront une chair" ! A moins que ce ne soit l une phrase intercale, comme tant d'autres, pour imposer cette union-fusion de la chair et imposer le refus du divorce, qui reprsente une des pierres d'achoppements du christianisme. Signalons que dans ce second chapitre aussi il n'est nulle part question de pch originel.

    Au troisime chapitre, le serpent niant que goter l'arbre fera mourir, dit la femme: "Mais Dieu sait que, le jour o vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal" (5). Aprs avoir mang, "Alors leurs yeux tous deux s'ouvrirent et ils connurent qu'ils taient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes" (7). L on se demande o est-ce qu'ils ont trouv ou pu penser ou trouver du fil et une aiguille pour coudre en ce tout dbut de la cration o tout tait crer avant de pouvoir inventer quoi que ce soit ! Le verset suivant Yahv Dieu "se promenant dans le jardin la brise du jour" appelle l'homme qui lui rpond : "J'ai entendu ton pas dans le jardin, j'ai eu peur parce que je suis nu et je me suis cach" (10), oubliant qu'au verset huit il s'tait cousu un pagne avec les feuilles de figuier !

    Et le gentil Yahv Dieu, malgr sa colre et ses rprimandes chacun des trois, l'homme, la femme et le serment, se met faire "des tuniques de peau et les en vtit" (21), puis se dit : "Voil que l'homme est devenu comme l'un de nous, pour connatre le bien et le mal ! Qu'il n'tende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l'arbre de vie, n'en mange et ne vive pour toujours" (22) ! Laissons le comique d'un dieu tailleur qui confectionne des tuniques de peau ses cratures, pour nous arrter sur une expression qui dmolit le monothisme judaco-chrtien puisque Yahv Dieu trouve que l'homme "est devenu comme l'un de nous" qui indique nettement qu'il y a d'autres dieux avec Yahv, et qu'il s'agit d'un polythisme, puisque Elohim sera cit un peu plus loin.

    Un autre point est relever de ce dialogue divin : Yahv qui craint qu'Adam ne mange de l'arbre de vie et ne vive pour toujours comme les dieux ! Ce qui annule l'ide de la Rdemption afin que les hommes vivent pour toujours, puisque Yahv Dieu "bannit l'homme et il posta devant le jardin d'Eden les chrubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l'arbre de vie" (2 : 24). Ce qui veut dire : point d'ternit pour l'homme d'aprs les textes bibliques que Jsus approuva et vint pour continuer, et non pour les annuler !

    Il ne serait donc point dplac de terminer cet expos par quelques Versets du Qur'n pour voir si ce Texte divin, Rvl et prserv de toute corruption jusqu' la fin des temps, dit vrai, ou comme le prtend cette Institution vaticane, accuse injustement les textes bibliques :

    "O gens du livre, pourquoi mcroyez-vous en les Versets d'Allah alors que vous en tes tmoins / O gens du livre, pourquoi confondez-vous le Vrai avec le faux et taisez-vous la Vrit en le sachant ?" (Al-Imran, 70,71).

    "O gens du livre, pourquoi rebutez-vous celui qui croit de la Cause d'Allah ? Vous la dsirez tortueuse, alors que vous tes tmoins ! Allah n'Est point Inattentif ce que vous faites" (Al-Imran, 99).

    "... : ils altrent les mots de leur places, et oublirent une part de ce qui leur fut rappel.." (al-m'ida , 13)

    "Un groupe des gens du livre voudrait bien pouvoir vous fourvoyer, mais ils ne fourvoient que leurs propres personnes et ils ne se rendent pas compte" (Al-Imran, 69).


    2 / 12 / 2009

     

                
    Dr.Zeinab
  • Franais