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  • La Bible et l'Amour

    par Dr.Zeinab Abdelaziz
    Professeur de civilisation Franaise

     
    Parler de l'Amour dans la Bible, Ancien et Nouveau Testament, c'est aborder un sujet qui, malgr la varit des thmes traits, mne une grande dception, pour ne pas dire malaise ou dsillusion. Que ce soit dans l'une ou l'autre de ses deux composantes, la Bible doit dans le thme de l'amour malgr cet nonc judo-chrtien traditionnel disant que "Dieu est amour" !

    Elle doit par la dbauche, par le dbordement, le drglement, les soleries qui frisent ou dpassent le scandale, dans l'ancien Testament ; et elle doit force de voir quel point ce thme de l'amour a t instrumentalis dans le nouveau Testament. Instrumentalis de sorte accrditer et maintenir l'histoire d'une lgende manie et remanie durant des sicles - surtout si l'on continue croire, tel que l'Eglise l'impose, que ce sont des paroles divines, ou mme, aprs rectification au Concile Vatican II, dcrtant que : Dieu n'est plus l'auteur, ce sont des paroles dictes aux aptres par les bons soins de l'Esprit Saint ! Et d'ajouter, comme plus d'explicitation, que chacun des aptres a crit de mmoire ses propres rminiscences, d'o cette richesse de diffrences parmi les vangiles, pour ne pas dires tout simplement : d'o tant de contradictions puisque aucun d'entre eux n'a t tmoins direct des vnements relats.

    L'Ancien Testament :

    Avant de parler de l'amour dans l'Ancien Testament, il serait peut-tre utile de rappeler l'aspect abominable et pouvantable de la discipline guerrire divine, pour saisir l'aspect bouleversant de la reprsentation fminine et celle de l'Amour. Les quelques conseils parsems le long du texte, desquels sont releves les bribes suivantes, sont fort difiants et n'ont de barrire ou de pendant que la limite du drglement et de la dbauche.

    C'est un texte dans lequel des expressions comme "Aussitt le peuple monta vers la ville, chacun devant soi, et ils s'emparrent de la ville. Ils dvourent l'anathme tout ce qui se trouvait dans la ville, hommes et femmes, jeunes et vieux, jusqu'aux taureaux, aux moutons et aux nes, les passant au fil de l'pe"! (Josu 6 : 20-21) : ou "On brla la ville et tout ce qu'elle contenait, sauf l'argent, l'or et les objets de bronze et de fer qu'on livra au trsor de la maison de Yahv" ! (Josu 6 :24) ; ou "Maintenant, va, frappe Amaleq, voue-le l'anathme avec tout ce qu'il possde, sois sans piti pour lui, tue homes et femmes, enfants et nourrissants, bufs et brebis, chameaux et nes " ! (1 Livre de Samuel 15 : 3). " Parcourez la ville sa suite et frappez. N'ayez pas un regard de piti, n'pargnez pas, vieillards, jeunes gens, vierges, enfants, femmes, tuez et exterminez tout le monde " ! (Ezchiel 9 :5). "Tuez donc tous les enfants mles. Tuez aussi toutes les femmes qui ont connu un homme en partageant sa couche. Ne laissez la vie qu'aux petites filles qui n'ont pas partag la couche d'un homme, et qu'elles soient vous " ! (Les Nombres 31 : 17-18). "Tous ceux qu'on trouvera seront transpercs, tous ceux qu'on prendra tomberont par l'pe. Leurs jeunes enfants seront crass sous leurs yeux, leurs maisons saccages, leurs filles violes " ! (Isae 13 : 15-16). On est effarouch d'apprendre que c'est un Dieu qui parle et conseille. Mais l au moins on comprend d'o vient ce que les sionistes, envahisseurs de la Palestine, pratiquent contre les palestiniens, et ce que les mercenaires des GI'S mnent en Afghanistan et en Iraq.

    A ce tableau sanguinaire et rvoltant, par sa barbare cruaut, correspond celui de l'amour, un amour o l'obscnit, l'outrage la pudeur et l'indcence priment grossirement, surtout lorsqu'on nous impose que ce sont des textes rvls, que Dieu en est l'auteur. Sous le titre "Reprise du discours paternel", on est choqu de lire ce critre de morale dans les Proverbes :

    "Viens ! Enivrons-nous d'amour jusqu'au matin ! Jouissons dans la volupt ! Car il n'y a point de mari la maison : il est parti pour un long voyage" (7 : 18-20). Comme mentalit difiante ou ducation cela touffe tout commentaire.

    Le respect d la famille, bien que l'on puisse relever quelques rares bons exemples, il suffit de lire ce qui suit pour saisir quel point il est dgrad, dans un style jargon, digne des bas-fonds d'une socit qui semble ne vivre que de drglements : "Tu es bien la fille de ta mre qui dtestait son mari et ses enfants ; tu es bien la sur de tes surs qui ont dtest leur mari et leurs enfants" (Ezchiel, 16 : 45). Et nous passons surtout en silence la lascivit libertine d'une Ohola et sa sur Oholiba, qui souligne l'excs l'aspect peu sacralisant de ces textes

    Dans "L'Ecclsiaste", rien que par son titre, le lecteur se prpare ou espre trouver quelques compensations, mais hlas, l'auteur trouvant qu' "il y a un temps pour aimer et un temps pour har ; un temps pour la guerre et un temps pour la paix" (3 : 8), avance que tout s'quivaut dans cette socit plongeant dans l'abus, o tout se confond, o tout s'gale impunment : "l'homme ne connat ni l'amour ni la haine, tous deux sont devant lui vanit. Ainsi, tous ont un mme sort, le juste et le mchant, le bon et le mauvais, le pur et l'impur, celui qui sacrifie et celui qui ne sacrifie pas" (9: 1). Ce qui doit donner un dsespoir peu enchantant non seulement aux adeptes !

    Sens tre la personne la plus apte donner conseil de bonne volont et de critre, on ne trouve dans Livre de l'Ecclsiaste que trois titres concernant la Femme. Il commence par "la femme adultre", puis passe aux "femmes" tout court, dans une tirade de 14 doublets, o il est question de mchancet, de malheur, d'adversit, l'accablant d'tre un objet de colre, de reproche et de honte, pour aboutir une condamnation claire et nette : "C'est par la femme que le pch a commenc et c'est cause d'elle que tous nous mourons" (24 : 24) ! Inutile d'ajouter que cette phrase a servi de donne premire pour la formation du dogme du pch originel.

    Non satisfait de tout ce dont il affubla la femme, il termine son recueil avec ces trois doublets, qui rsument un parti pris qui servira d'arrire fond la condamnation de la femme et de l'amour. Condamnation qui plane dans le Nouveau Testament, tissant toute sa doctrine sur les points de repre qu'il puisa dans l'Ancien, pour se donner une certaine historicit, quitte se contredire. Et l'Ecclsiaste de rsumer sa thorie fminine en assurant : "Devant qui que ce soit ne t'arrte pas la beaut et ne t'assieds pas avec les femmes. Car du vtement sort la teigne et de la femme une malice de femme. Mieux vaut la malice d'un homme que la bont d'une femme : une femme cause la honte et les reproches" (42 : 12-14).

    Le Nouveau Testament :

    Le thme de l'Amour dans le Nouveau Testament est prsent un peu plus clairement sous les titres suivants : l'amour de Dieu ; l'amour rciproque du Pre et du fils ; l'amour de Dieu pour nous ; l'amour du Christ pour nous ; l'amour envers Dieu ; et l'amour envers le prochain. Tel qu'on le voit, toutes ces dsignations sont brodes de sorte mettre en relief une certaine optique tournant dans le cadre Pre-Fils, pour toffer un plan dtermin.

    L'amour de Dieu se trouve rsum dans ce long passage de l'Evangile selon saint Jean "Bien-aims, aimons-nous les uns les autres, puisque l'amour est Dieu et que quiconque aime est n et connat Dieu. Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu car Dieu est amour. En ceci s'est manifest l'amour de Dieu pour nous : Dieu a envoy son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. En ceci consiste l'amour : ce n'est pas nous qui avons aim Dieu, mais c'est lui qui nous a aim et qui a envoy son Fils en victime de propitiation pour nos pchs. Bien-aims, si Dieu nous a ainsi aims, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres" (J, I ptre : 7-11).

    De mme, l'amour rciproque du Pre et du Fils, se trouve chant dans plus d'un passage, dans les trois synoptiques, ne citer particulirement que la suite du baptme de Jsus : "Ayant t baptis, Jsus aussitt remonta des eaux, et voici que les cieux s'ouvrirent : il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu'une voix venue des cieux disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aim, qui a toute ma faveur" (Mt., 3 : 16-17).

    Tandis que Marc prsente autrement la mme scne : Et aussitt, remontant de l'eau, il vit les cieux se dchirer et l'Esprit comme une colombe descendre vers lui, et une voix vint des cieux : "Tu es mon Fils bien-aim, tu as ma faveur". A noter, dans le passage de Mathieu, l'Esprit parle l'assistance, - si jamais assistance il y eu. Pour Marc, l'apostrophe de l'Esprit est faite directement Jsus.

    Luc, quoique traitant du mme sujet, le prsente diffremment : "Or il advint, une fois que tout le peuple eut t baptis et au moment o Jsus lui aussi, se trouvait en prire, que le ciel s'ouvrit et l'Esprit Saint descendit sur lui sous forme corporelle, comme une colombe. Et une voix partit du ciel : "Tu es mon Fils ; moi, aujourd'hui je t'ai engendr"... Mme si l'apostrophe est faite directement Jsus, ici il ne reoit pas la faveur de Dieu, la colombe ne vient pas se placer sur ses paules, comme chez les deux autres Aptres, mais le lecteur se trouve face une autre donne : Dieu vient de l'engendrer !

    Inutile de dire quel point ce verbe choque, car engendrer veut dire procrer, donner la vie en parlant de la femme et de l'homme, c'est--dire : engendrer ! Donc, Engendrer quelqu'un qui a dj 30 ans provoque un double tonnement, pour ne pas aller plus loin.

    L'vangile selon saint Jean, parlant du mme thme de l'amour rciproque du Pre et du Fils, dit : "Le Pre aime le Fils et a tout remis dans sa main" (3 : 35) ; "Car le pre aime le Fils, et lui montre tout ce qu'il fait, et il lui montrera des uvres plus grandes que celles-ci vous stupfier" (5 :20) ; puis de mettre sur la langue de Jsus et lui fait dire : "Comme le Pre m'a aim, moi aussi je vous ai aims. Demeurez en mon amour" (5 : 9-10).

    L'amour de Dieu pour nous est un autre titre, que l'vangile de saint Jean expose clairement : "Car Dieu a tant aim le monde qu'il a donn son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie ternelle. Car Dieu n'a pas envoy son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauv par lui" (3 : 16-17). Un peu plus loin il ajoute : "Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-l qui m'aime ; or celui qui m'aime sera aim de mon Pre ; et je l'aimerai et je me manifesterai lui" (24 : 21). Et saint Jean le fait ajouter : "Car le Pre lui-mme vous aime parce que vous m'aimez" (16 : 27).

    Outre cet amour tripartite conditionn, il faut aimer Jsus pour tre aim du Pre, pour que Jsus non seulement rende cet amour, mais pour qu'il se manifestera lui. L une certaine dception s'impose car on n'a jamais entendu parler d'une manifestation quelconque de Jsus. Ce n'est que la Vierge qu'on fait paratre, un peu partout dans le monde, selon les circonstances politiques ou celles manuvrer pour faciliter l'vanglisation des peuples, mais de Jsus, il n'a jamais t question. Ce qui mne dire que personne parmi les adeptes ne semble avoir aim Jsus, que le Pre n'a aim personne, et que Jsus, comme rsultante de cet amour manqu, n'a aim personne puisqu'il ne s'est manifest personne.

    Et pourtant demeure toujours l'esprance d'aimer et d'tre aim. C'est ce que saint Paul assure aux Romains, en disant : "Et l'esprance ne doit point, par ce que l'amour de Dieu a t rpandu dans nos curs par le Saint-Esprit qui nous fut donn" (5 : 5), et d'ajouter un peu plus loin : "mais la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ, alors que nous tions encore pcheurs, est mort pour nous" (5 :8). Phrase qui semble surmonter toutes les difficults de ce qui prcde pour clore ce chapitre de l'amour par la mort du Christ.

    Tel qu'on le voit toute la trame de l'amour dans les vangiles est tisse pour maintenir cette lgende dore d'un Pre qui donne son Fils, par geste expiatoire, la mort la plus ignominieuse l'poque : d'tre accroch sur un poteau de bois.

    Demeure toutefois la clbre phrase de Jsus condensant tout le thme de l'amour en soi, ou celui de l'amour pour le prochain, disant qui te frappe sur la joue droite offre lui le ct gauche Phrase qui ne cadre point hlas par un autre point d'orgue qui non seulement l'expdie jamais, mais qui lie Jsus, d'aprs les textes bibliques, cette ancienne tradition sanguinaire de ses "frres ans", qui continuent dcimer de par la terre, pour se joindre eux dans la brutale cruaut, puisqu'il vocifre disant :

    "Quand mes ennemis, ceux qui n'ont pas voulu que je rgne sur eux, amenez-les ici, et gorgez-les en ma prsence" (Luc 19 : 27) !

     

                
    Dr.Zeinab
  • Franais